Spectacle vivant en danger de mort

Le spectacle vivant en danger de mort

39 100 euros. C’est la perte de chiffre d’affaire estimée pour Atome Théâtre entre mi-mars et fin août 2020. Le chiffre est abyssal. Et pourtant, on est loin, très loin d’être les plus mal lotis. En pleine crise du Covid19, les artistes et techniciens du spectacle ainsi que les compagnies et structures qui les accompagnent sont livrés à eux-mêmes et en proie à un désastre économique total.


On était au bord du gouffre : ils nous poussent dedans.

On le sait : le spectacle vivant sera parmi les dernières activités à pouvoir reprendre. Alors même que le confinement a prouvé que les activités culturelles quelles qu’elles soient sont indispensables à notre quotidien, alors même que la culture est l’un des secteurs économiques les plus importants en France (devant l’industrie automobile), les comédiens, musiciens, metteurs en scène, techniciens, régisseurs, administrateurs… bref : les intermittents du spectacle, déjà précaires en temps normal, ne sont pas considérés comme indispensables. Ces salariés qui alternent contrats très courts et journées de chômage, sortes d’intérimaires de la culture, se retrouvent aujourd’hui dans une situation financière catastrophique.

L’arrêt total de l’activité dans le spectacle avec la crise du moment implique que les intermittents ne peuvent plus cumuler d’heures pour renouveler leurs droits à l’assurance chômage quand ceux-ci arriveront à épuisement. Face à l’angoisse grandissante dans le secteur, le gouvernement s’est voulu rassurant, annonçant le décalage « pour tous les intermittents » de la date de renouvellement des droits à l’assurance chômage d’aussi longtemps qu’aura duré le confinement.

C’est donc dans l’incompréhension totale et la stupéfaction générale que le décret du 15 avril 2020 qui a suivi cette annonce a fait tout le contraire. Avec ce texte mal écrit et qui s’avère quasi-inapplicable, aucun décalage de date n’a lieu pour les intermittents, sauf pour des cas très précis et d’une manière extrêmement inefficace, plongeant dans une détresse dramatique des dizaines de milliers d’artistes et techniciens. Et depuis : silence radio. De nombreux élus locaux sont convaincus que notre situation a été réglée suite à ces annonces : il n’en est rien.

Le travail partiel entre organisation chaotique et coût absurde

Le recours à l’activité partielle pour ces mêmes intermittents est quant à lui cauchemardesque. Possible depuis seulement quelques jours (!), il permet en théorie de sauver environ la moitié des heures de travail prévues. Encore faut-il dans la pratique que les employeurs d’intermittents soient éligibles, et quand ils le sont, qu’ils acceptent de le mettre en place. Et pour cause : on nous demande de payer de notre poche plus de 20% du montant total de la masse salariale… là où l’activité partielle ne coûte en principe pas un seul centime aux employeurs des autres secteurs ! En cause : la caisse des « congés spectacles ».

Plus incroyable encore, sur le site du ministère du travail, une notice stipule que les contrats de travail des intermittents qui concernent « une date reportée ne peuvent pas faire l’objet d’une demande d’activité partielle ». C’est une véritable aberration d’un point de vue juridique : un contrat de travail a été signé pour ces représentations. Le contrat n’a pas lieu, n’est pas exécuté pour des raisons qui échappent à notre contrôle : il est donc suspendu définitivement… et c’est la définition même d’un contrat qui doit être passé en activité partielle. Un second contrat de travail indépendant du premier sera créé (peut-être, un jour, et sous d’autres conditions) pour le report de cette date. En nous interdisant de faire appel à l’activité partielle pour ces contrats, le ministère du travail empêche les employeurs d’intermittents de respecter le droit du travail. Le monde à l’envers… ?

Le covid ou le choléra ?

Le chômage partiel est aussi synonyme de double peine pour les intermittents : d’un côté, ils ne peuvent travailler et ne touchent donc que 70% de leur salaire : ça, c’est comme tout le monde et c’est normal. Mais de l’autre, ils sont condamnés à voir leurs revenus fondre pendant les 12 mois de leur prochaine période d’indemnisation. En effet, l’indemnité de travail partiel étant considérée comme « un salaire de 0 euros bruts », elle fait chuter drastiquement le taux d’indemnisation consenti par Pôle Emploi, qui est indexé sur le salaire moyen des intermittents. Ainsi, ceux qui réussiront à faire leurs heures perdront plusieurs centaines d’euros par mois. Les autres perdront tout.

Cerise sur le gâteau, comme un affront, Pôle Emploi spectacle a commencé cette semaine à envoyer un questionnaire aux intermittents, leur demandant notamment s’ils envisagent une autre activité professionnelle.

Conclusion : au secours ?

On assiste à un renoncement ignoble et un abandon total de la culture par nos instances dirigeantes. On signe l’arrêt de mort de dizaines de milliers d’artistes et techniciens en France dans l’indifférence générale et le silence total du Ministre de la Culture, pourtant interpelé maintes et maintes fois sur le sujet. Sauf réaction URGENTE, quand le public pourra enfin reprendre une vie normale et souhaitera aller voir un concert, aller au cinéma, aller au théâtre… il ne pourra pas le faire. Pas par mesure de sécurité, mais parce qu’il n’y aura plus d’équipes artistiques pour créer, jouer, organiser, installer, mettre en lumière…

Il n’y aura plus personne. On sera partis. Cueillir des fraises, sans doute.

 

L’équipe Atome Théâtre